Une figure de proue de la diffusion neutronique au Canada et une physicienne expérimentale de grand talent
Dans le domaine de la science des neutrons, Ryan a apporté sa contribution à de multiples techniques, notamment la diffraction des neutrons sur poudre, la dépolarisation et la réflectométrie, et s’est particulièrement illustré en surmontant les obstacles expérimentaux pour « réaliser l’impossible ». Le développement de méthodes telles que la géométrie d'échantillon à plaque plane a permis d'étudier par neutrons des matériaux hautement absorbants auparavant considérés comme inaccessibles, ouvrant ainsi de nouvelles perspectives dans l'étude des systèmes magnétiques à terres rares et des matériaux fonctionnels. Grâce à ces travaux, il a contribué à démontrer à la fois la puissance et la polyvalence de la diffusion neutronique en tant qu'outil d'exploration de la matière complexe.
(Photo : Conseil national de recherches du Canada)
Pourtant, la contribution de Ryan s’étendait bien au-delà du laboratoire. Il a joué un rôle central dans la création et le maintien de la communauté canadienne des neutrons grâce à son leadership au sein de l’Institut canadien de diffusion neutronique (ICDN), où il a occupé les fonctions de vice-président puis de président. À ce titre, il a su allier son autorité scientifique à un engagement profond en faveur de l’action collective, soulignant sans relâche que la science des neutrons au Canada reposait sur une coordination nationale, des infrastructures partagées et une voix unifiée.
En tant que président du CINS (2004-2014), Ryan a joué un rôle déterminant dans l'orientation du débat national sur les infrastructures neutroniques à un moment crucial. Il a défendu cette cause auprès du gouvernement, soulignant l'importance des installations de faisceaux de neutrons en tant qu'infrastructures nationales stratégiques, fondement de l'innovation, de la compétitivité industrielle et de l'excellence scientifique. Ses interventions ont contribué à clarifier les enjeux pour le Canada alors que le réacteur NRU approchait de la fin de sa durée de vie. Il s’est exprimé devant des comités parlementaires et lors de forums nationaux, soulignant l’impact considérable des faisceaux de neutrons sur la recherche sur les matériaux, la technologie nucléaire, l’industrie manufacturière et la santé, et mettant en garde contre les conséquences à long terme de la perte de capacités nationales sans remplacement stratégique. Son message était constant : les installations de neutrons ne sont pas facultatives — elles constituent une infrastructure essentielle pour une économie scientifique et industrielle moderne.
Mais surtout, Ryan a joué un rôle déterminant dans le lancement des initiatives qui ont finalement transformé le paysage neutronique canadien. En 2014, alors qu’il présidait le CINS, l’organisation a commencé à prendre contact avec les dirigeants universitaires afin d’étudier la création d’un consortium national visant à garantir l’accès futur aux faisceaux de neutrons et aux infrastructures correspondantes. Ces efforts ont directement conduit à la formation du groupe de travail de l’Initiative canadienne sur les neutrons (ICN) en 2016, et ont à leur tour jeté les bases de la création de Neutrons Canada, une organisation nationale chargée de régir, de gérer et de représenter le programme canadien d’infrastructures pour la recherche et le développement utilisant les faisceaux de neutrons.
Ces avancées constituent l’un des héritages les plus durables de Ryan : il a contribué à catalyser la transition d’un modèle axé sur les installations vers une approche coordonnée et pancanadienne de la science des neutrons, capable de préserver l’expertise, de faciliter l’accès et de préparer le Canada pour l’avenir. Cette vision se poursuit aujourd’hui à travers Neutrons Canada et les programmes nationaux qu’il soutient.
Ceux qui ont travaillé avec Dominic se souviennent de bien plus que de ses réalisations scientifiques et institutionnelles. Il était respecté et inspirait confiance, et c'était un bon ami. Il apportait à son travail un sens de l'humour aigu, un style direct et pragmatique, ainsi qu'une détermination sans faille à aller jusqu'au bout des choses. Que ce soit au laboratoire, lors d'une réunion de comité ou dans le cadre de débats nationaux, il alliait le sérieux de ses intentions à l'esprit et à la convivialité, ce qui faisait de lui un collègue et un dirigeant très apprécié.
L'héritage de Dominic Ryan réside dans le fait qu'il a repoussé les limites de la diffusion neutronique grâce à des expériences novatrices, qu'il a formé toute une génération de scientifiques et qu'il a contribué à mettre en place le cadre qui permettra à la science neutronique de perdurer au Canada. La communauté neutronique canadienne – ainsi que les nombreuses collaborations internationales qu'il a favorisées – se sont renforcées grâce à ses contributions.
Il nous manquera énormément et restera longtemps dans nos mémoires.



